Tube

Tube
Tirage Numérique contrecollé sur aluminium sous diasec
120 x 170 cm

OrpheusDescending

 Les photos de Clayton Burkhart racontent les chemins de la solitude nocturne dans une ville d’anonymes, New York.

 Depuis plus de seize ans, ce photographe américain saisit l’absence, la violence urbaine, la mort qui frôle, la tristesse.
L’histoire débute par un échec sentimental.
Pour échapper à l’insomnie, il arpente les rues de New York pendant six semaines. « J’ai découvert un autre monde, un monde souterrain. Les gens sont devenus des énergies qui passaient, sans visages. »

 Depuis, régulièrement, entre ces longues escapades européennes et sa carrière de photographe de mode, il revient plonger dans la ville, la nuit, comme Orphée, hanté à la fin du voyage par son désir de regarder en arrière. L’expérience du réel photographié ne l’intéresse pas, il s’inscrit dans la subjectivité des peintures expressionnistes, de Munch à Bacon, bien loin de la distance journalistique ou documentaire.

 Sans tendresse pour cette Amérique toute puissante, il défend l’intime contre l’aliénation urbaine. La solitude se floute et se colore d’un vert acidulé qu’il sait faire poindre par ses connaissances de l’alchimie des lumières sur le négatif.

 Dans Orpheus Descending, Clayton Burkhart clôt le chapitre de sa première vie, partagée par beaucoup d’entre nous.

 « Park Avenue, entre chien et loup, le quartier des affaires. Ma vision de l’enfer, c’est un monde d’anonymes. Les hommes d’affaires en sont l’archétype. Ils ne sont plus vivants, n’ont aucune identité individuelle. J’arrivais d’un long séjour en Europe avec des bouffées d’énergie. Je photographiais en mouvement, je ne savais pas toujours ce que cela allait donner. J’avais une idée, je cadrais et lâchais le contrôle. Francis Bacon affirmait que « la peinture n’est pas de l’illustration ». Je pense la même chose pour la photographie. Il faut s’abandonner. Je me fous de la réalité. Les visages ont disparu, en perte d’identité, les corps ne sont plus que des silhouettes fantomatiques, rouges de leur énergie. Je me dirige aujourd’hui davantage vers la couleur et la limite entre la réalité et l’abstraction. Deux couleurs qui se rencontrent dans la nuit en formant toujours une troisième, une couleur qui se créée et que tu ne peux pas contrôler. Mon point de vu romantique me susurre : « un homme et une femme, qu’est-ce que cela va donner... ». Il faut lâcher le contrôle pour savoir. »